Weber, L'éthique protestante

 

Résumé.

  1. Le problème.
     
  1. Confession et stratification sociale.
    Partant du constat que les statistiques professionnelles du pays de Bade montrent que " les principaux détenteurs de capitaux, les chefs d’entreprises, les couches supérieures et hautement qualifiées sont en grande majorité des protestants " Weber souhaite dépasser l’explication communément admise qui impute cette différence au détachement vis-à-vis du monde du catholicisme [Weltfremdheit] attitude opposée au côté matérialiste du protestant. Si des circonstances que Weber, qualifie d’extérieures, peuvent constituer une part d’explication de la faible participation des catholiques à la vie des affaires [Erwerbuleben], elles ne sont pas suffisantes et c’est indubitablement dans le caractère intrinsèque aux religions, notamment de celle réformée, qu’il convient de trouver le déterminisme propre à expliquer la sur représentations protestante au niveau économique.
  2. L’ " esprit " du capitalisme.
    Cette notion difficile à définir et pour laquelle l’outil d’idéaltype est utilisé, est illustrée par Weber à partir d’un sermon de Benjamin Franklin dans lequel celui-ci explicite la philosophie de l’épargne dans le capitalisme moderne afin de caractériser ce concept. Cet ethos, propre au capitalisme occidentale, porte en lui une " maxime éthique pour se bien conduire dans la vie " Weber résume ce summum bonum par : " gagner de l’argent, toujours plus d’argent, tout en se gardant strictement des jouissances spontanées de la vie. " Cet argent gagné apparaît alors non pas comme le résultat de la doctrine du liberum arbitrium indiscipliné dont la seule fin serait l’argent en tant que tel, mais plutôt comme la récompense ou le signe du devoir accomplit dans l’exercice de sa profession [beruf] De surcroît cet esprit doit être partagé par un " groupe humain dans sa totalité " afin que se produise, condition sine qua none, un phénomène de masse. Toutefois Weber distingue bien cet esprit à l’origine du capitalisme, l’organisation rationnelle capitaliste du travail, du précapitalisme, caractérisé par son traditionalisme, absence de rationalisation de l’organisation du travail, et fût au contraire un frein majeur à l’expansion du capitalisme.
  3. La notion de Beruf chez Luther.
    L’une des notions essentielles dans l’analyse par Weber du " devoir professionnel " et donc du lien qu’il y aura entre religion reformée et " esprit du capitalisme " est le terme allemand Beruf au sens de Luther, désigné en anglais par le terme calling (métier, vocation, profession) Ainsi son sens apporté par la Réforme, avec Luther en précurseur, définit le dogme protestant comme : " L’unique moyen de vivre d’une manière agréable à Dieu n’est pas de dépasser la morale de la vie séculière par l’ascèse monastique, mais exclusivement d’accomplir dans le monde les devoirs correspondant à la place que l’existence assigne à l’individu [Lebenstellung], devoirs qui deviennent ainsi sa vocation [Beruf] " Et c’est cette double connotation, présente uniquement à cause de la Réforme, religieuse (vocation) et mondaine (profession) que nous décrit Weber. Pour autant le lien entre l "esprit capitaliste et le luthéranisme s’arrête là car la vision traditionaliste du métier, notamment dans l’acceptation de la divine providence, dans ce courant était selon Weber un frein à la modernité.
     
  1. L’éthique de la besogne.
    En utilisant de nouveau l’idéaltype afin de cerner les différentes influences, Weber définit les quatre principales sources du protestantisme ascétique que sont : le calvinisme, le piétisme, le méthodisme ainsi que les sectes baptistes.
    1. Les fondements de l’ascétisme religieux
      1. Le calvinisme.
        Le dogme fondamental du calvinisme est celui de la prédestination. Celui-ci marque son opposition radicale d’avec le catholicisme dans le déterminisme auquel l’homme est voué conséquence de la toute puissance divine. La confession de Westminster de 1647 exprime ce fait : " Chapitre III (Des décrets éternels de Dieu),n°3.-Par décret de Dieu, et pour la manifestation de Sa gloire, tels hommes […] sont prédestinés à la vie éternelle, tels autres voués à la mort éternelle. " De sorte qu’en rejetant le salut par l’Eglise et les sacrements, ce dogme consacre la " solitude spirituelle " du réformé et par-là célèbre le paroxysme du " désenchantement du monde." Ce type de religiosité qui perçoit la divinité comme étant absolument transcendant et trop éloigné de l’humain conduit d’une part les fidèles à se considérer comme des " instruments actifs " de Dieu et dans un " individualisme pessimiste " à œuvrer pour la connaissance de leur salut par la glorification de Dieu, c’est ce qu’exprime la formule calvinisme omnia in majorem Dei gloriam : tout ce que fait le chrétien sert la gloire de Dieu. Une glorification par les actes, le travail s’effectue dans un monde affranchi de la magie spirituelle ce qui pousse l’élu à le rationaliser au même titre que sa " vie tout entière, à chaque instant, dans chaque action " une attitude permettant de surmonter et de répondre à la sempiternelle et angoissante question : " Suis-je l’élu ? "  
      2. Le piétisme.
        La prédestination est également le point de départ de ce mouvement. Mais alors que les calvinistes entreprenaient par leurs actes une lutte permanente ascétique afin de s’assurer la béatitude éternelle dans l’au-delà, la volonté de se rassembler entre fidèles de la " praxis pietatis " introduisait dans cet ascétisme un sentiment commun à celui des luthériens celui d’unio mystica ou une passivité contemplative et sentimentale conduisant les fidèles à pratiquement vouloir jouir de la béatitude éternelle ici-bas. De sorte que " l’élaboration d’une éthique professionnelle rationnelle, à la manière calviniste, en fut certainement retardée " et tandis que le calvinisme et l’éthique du travail qui l’accompagne est une recherche systématique de son propre salut, le piétisme conduit à accomplir son travail " pour l’amour du métier ". Weber tire ainsi une conclusion provisoire à la différence constatée, le piétisme conduirait plus à donner des personnes " fidèles " à leur besogne alors qu’il apparaît une " affinité élective du calvinisme pour le dur légalisme de l’entrepreneur capitaliste bourgeois ". Ainsi si l’éthique professionnelle rationnelle développée n’est pas contradictoire avec le piétisme elle est freinée par rapport à ce qu’elle peut être avec le calvinisme.
      3. Le méthodisme
        C’est un mouvement anglo-américain correspondant au piétisme continental alliant unio mystica luthérien et refus des fondements dogmatiques calviniste. La rigueur méthodique pour parvenir à la certitudo salutis est son fondement, notamment appliquée au caractère émotionnel. Et c’est en fait là la caractère novateur de cette doctrine, le sentiment de la grâce doit s’ajouter à la conduite vertueuse, les signes de celle-ci étant les mêmes que pour le calvinisme. Finalement, nous dit Weber, le méthodisme, n’apporte " rien de nouveau à l’évolution de l’idée de Beruf "
      4. Les sectes baptistes.
        Elles constituent dans le courant des XVI et XVII siècles, " le second facteur indépendant de l’ascétisme protestant ", baptistes, mennonites et quakers. L’importance de ce mouvement réside surtout dans sa volonté d’être une secte, néanmoins son intérêt est limité dans l’étude des fondements religieux de l’idée " bourgeoise " de profession. Au final les sectes baptistes au même titre que le dogme de la prédestination chez les calvinistes " ont poursuivi le " désenchantement " religieux du monde jusqu’à ses conséquences extrêmes ".
        Concluant sur l’étude des fondements de l’ascétisme religieux Weber donne
        le point commun de ces mouvements qui est la conception de " l’état de grâce ", état considéré comme séparant l’homme à la fois de la dégradation de la créature et du " monde ". Ceci à travers la preuve, via un contrôle méthodique de son statut, contribuant à une conduite ascétique. Et c’est en définitif, dans la quête de l’au-delà, " la rationalisation de la conduite en ce monde " l’élément fondamental à retenir dans l’optique de l’étude de Weber et qui est " la conséquence de la conception que le protestantisme ascétique se faisait du métier comme vocation "
         
      1. Ascétisme et esprit capitaliste

Quels sont les liens entre le protestantisme ascétique et l’esprit du capitalisme ? Les écrits théologiques permettent d’apprécier l’état d’esprit de cette ascèse. De ceux-ci ressort une éthique quant aux biens et leur danger " du point de vue moral, c’est le repos dans la possession, la jouissance de la richesse et ses conséquences : oisiveté, tentations de la chair, risque surtout de détourner son énergie de la recherche de la vie " sainte " Ainsi la condamnation et la péché le plus grave est de " gaspiller son temps " car alors on ne glorifie pas Dieu dans la besogne quotidienne. En s’appuyant sur l’œuvre de Baxter, Weber montre à quel point le travail comme nulle part ailleurs qu’en Occident a fait preuve de moyen ascétique. En conséquence de ce but de la vie, qu’est le travail, la division de celui-ci comme moyen naturel d’accomplir au mieux celui-ci et donc de glorifier Dieu, Baxter dit : " […] et il [l’ouvrier spécialisé] accomplira sa tâche dans l’ordre, alors qu’un autre demeurera dans une éternelle confusion et pour son gagne-pain ne connaîtra ni jour ni lieu ;[…] c’est pourquoi une profession fixe est ce qu’il y a de meilleur pour chacun " Un autre élément réside dans la nécessité de la recherche du profit afin de ne pas " contrecarrez l’une des fins de votre vocation(calling)[…] " Il faut donc " Travaillez à être riches pour Dieu, non pour la chair et le péché " Ce sont ces éléments, rationalité de tous les actes de la vie, spécialisation puisdivision du travail énoncé par Adam Smith, recherche du profit et une accumulation primitive au sens de Marx qui sont les fondements du développement de l’esprit du capitalisme. Et l’ascétisme protestant en "formant " d’excellents candidats répondant à ces exigences a favorisé la mise en place du système capitaliste et contribué à son expansion, notamment dans le monde ouvrier cela grâce à une main d’œuvre " pragmatiques, consciencieuses (x), extraordinairement travailleuses (-rs) et attachées (-és) au travail comme à la finalité de leur vie, voulue par Dieu ". Voilà là donc la définition pour Weber de l’esprit du capitalisme qui a permis au système capitaliste de se développer, porté par les idéaux religieux. Ensuite ce sera le passage à des idéaux exclusivement matériels qui conduiront à une logique au fonctionnement mécanique celle d’une quête à la richesse dénuée de finalité si ce n’est la richesse en tant que telle.

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Conclusion.

C’est une œuvre qui rencontra dès sa sortie de nombreuses critiques. Elles touchaient à la méthode ou au lien de causalité et ce particulièrement dans le concept de prédestination, où le thème de l’anxiété chez le croyant quant à son élection ou non fit énormément débat. D’abord il est reproché à Weber dans sa théorie de ne pas répondre à certains canons de la méthodologie scientifique qui tiennent à l’incommensurabilité des paradigmes. Ensuite il est relevé d’une part que " Genève sous Calvin n’est pas une référence en matière de modernisation économique " de l’autre que le changement d’état d’esprit apparu au XVIè siècle pour expliquer la modernisation économique serait un argument discutable auquel Schumpeter n’adhère pas. Car des régions très dynamiques, où la religion dominante était le judaïsme, le catholicisme donc avant Luther ou Calvin le prouvent.

Il est intéressant justement de voir le travail de Werner Sombart (1863-1941), qui fût d’ailleurs le premier à utiliser terme de " capitalisme ", sur la mentalité juive et la genèse du capitalisme. Sombart fait en effet parti des critiques de Weber, mais alors que Weber par sa rigueur, sa méthode s’attache à l’étude des religions et du judaïsme par exemple pour en extraire les éléments que l’on retrouvera dans le protestantisme puritain et qui sont facteurs favorisant de l’essor du capitalisme, l’œuvre de Sombart sur ce thème ne reflète que les préjugés de l’époque.

Weber répondra à ses détracteurs quant aux points soulevés, notamment celui concernant Genève, en réaffirmant sa méthode et l’emploi de son outil idéal-type. Il répond également aux critiques d’ordre historique (modernisation dans des lieux occupés par des juifs, des catholiques ou autres) en rappelant que sa thèse précise que le calvinisme est une condition ayant favorisé l’essor du capitalisme et non qu’il en soit à l’origine.

Pour conclure bien qu’ayant suscité de nombreuses critiques, Weber a atteint l’objectif qu’il s’était fixé à savoir monter que le protestantisme ascétique était un élément favorisant l’expansion de l’économie capitaliste. Son style et ses outils méthodologique posent les bases de la sociologie et particulièrement de l’individualisme méthodologique combinaison de méthode explicative et compréhensive.

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Commentaires (3)

1. acer (site web) 15/11/2012

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2. gray ikat fabric (site web) 06/02/2013

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3. Vanessa 09/06/2015

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