La dynamique des groupes restreints

 

Le groupe et les groupes

 

  1. Démonstration du concept de groupe

 

En étymologie le terme groupe serait récent. Il aurait été importé d’Italie du monde des beaux arts (groppo) vers le milieu du 17ème siècle. Il signifiait « un assemblage d’éléments, une catégorie d’être ou d’objet ». Il s’impose dans le langage en tant que « réunion de personnes » seulement un siècle plus tard.

 

Les auteurs nous précisent que le concept de groupes aurait eu du mal à s’imposer à cause de « préjugés individuels et collectifs » (d’ordre psychologique et psychanalytique). Ils s’appuient sur les résultats d’une enquête de l’AFAP[1] (1961). On ne percevrait du groupe que des relations interindividuelles et qui serait en plus statiques. Les sondés reconnaissent que pour une question d’efficacité il vaut mieux être en groupe que seul ; mais à contrario le groupe évince la personnalité de l’individu (aliénation). « Les rapports humains dans les groupes ne peuvent être que des rapports de manipulateur à manipulé, c’est à dire sur un modèle sadomasochiste » page 20.

Par ailleurs, le groupe serait une évidence, un tout, où l’individu ne perçoit pas la vie autrement. Il s’agit par exemple de la famille, la tribu, le village…. (préjugés d’ordre sociologique).

Enfin, pour les organisations collectives, le groupe à grande échelle (état, armée, ordres religieux) les petits groupes restreints seraient une force mais représenteraient également une menace. « D’où la méfiance que la plupart des civilisations ont témoignée aux petits groupes spontanés, la méfiance des églises à l’égard des sectes, (…), des partis politiques à l’égard des réunions fractionnelles, des gouvernants ou des administrateurs à l’égard de l’autogestion, des professeurs à l’égard du travail en groupe : tout groupe qui s’isole est un groupe qui conspire ou peut conspirer» page 23.

 

Mais à quel moment peut-on parler de groupe ?

 

Le groupe prend naissance avec trois participants. Avec l’arrivée d’un quatrième participant les phénomènes de groupes se dévoilent.

 

Une classification[2] est donnée par les auteurs, parce qu’ « une réunion ou un groupe d’individu peut prendre bien des formes et bien des noms ».

 

La foule est constituée d’un grand nombre d’individus, situé dans un même endroit sans l’avoir voulu explicitement. Chacun est là pour son propre compte et cherche à satisfaire en même temps une même motivation individuelle. Ici sont exclues les manifestations préparées. « La foule se définit par la psychologie de la simultanéité ».

 

La bande se caractérise par le nombre réduit comparativement à la foule. Les membres sont réunis volontairement et ont du plaisir à se retrouver parce que l’exigence d’adaptation est supprimée ou suspendue. La bande est éphémère soit parce qu’elle peut rentrer en sommeil et se réveiller pour de sporadiques discussions ; ou soit que les membres évoluent psychologiquement et se désengagent ainsi du groupe.

 

Le regroupement est une réunion de personnes en petit, moyen ou grand nombre. La périodicité des réunions est plus ou moins importante avec une constance relative des objectifs. Le but principal est de répondre à un intérêt de ses membres ; c’est le cas des associations du genre Loi 1901.

 

Le groupe primaire ou groupe restreint est déterminé par son nombre restreint, par le fait que chacun a une perception individualisée de l’autre et que les échanges interindividuels sont nombreux. Les participants ont en commun les mêmes buts. Il existe une interdépendance, une solidarité en dehors des réunions et actions communes, très forte, d’où la constitution de sous-groupes (relation affective). Des normes, des signaux et des rites propres s’érigent.

On n’a pas systématiquement toutes ces caractéristiques représentées à la fois dans le même groupe.

Le groupe primaire est en général restreint, mais les auteurs nous donnent une grille d’analyse nuançant les deux termes. Le groupe primaire est nuancé par les liens personnels, intimes, chaleureux qui s’installent ; alors que le groupe restreint (6 à 13 personnes) connote une dimension numérique.

 

Parler de groupes primaires sous entend qu’il existerait des groupes secondaires.

 

Le groupe secondaire ou organisation  (hôpital, école, entreprise, parti politique) voit ses membres poursuivre des buts similaires ou complémentaires.

 

Parallèlement au groupe restreint, les auteurs identifient le groupe large (25 à 50 personnes) comme étant une particularité où il est impossible de connaître chacun.

 

Le concept de groupe exposé, le discours se poursuit avec un historique des travaux en la matière, un inventaire des différentes théories et méthodes.

 

  1. Un historique des groupes

 

Les récits de la mythologie grecque laissent à penser que les grecs anciens avaient déjà saisi une distinction entre le groupe restreint et le groupe élargi.

Mais les origines du christianisme témoigneraient du dynamisme de groupe (Jésus et les 12 apôtres).

 

L’homme qui est par sa nature psychologique, un être social, groupal, pour Charles Fournier, obéirait à la loi de l’attraction passionnelle. Chaque passion cherche ainsi à satisfaire une tendance[3]. On retiendra tout particulièrement les tendances se rapportant au désir d’établir des liens affectueux : l’amitié (groupes de camaraderie), l’ambition (groupes corporatistes), l’amour (le couple) la paternité (groupe familial).

 

Avec le postulat de la conscience collective, Durkheim[4] nous dit que le groupe remplit des fonctions d’ordre psychologique (intégration, régulations des relations interindividuelles, idolâtrie). Le passage du clan à la société est celui de la solidarité mécanique à la solidarité organique fondée sur la division du travail.

 

J.P Sartre[5] avec sa perspective dialectique dit que le groupe n’est pas statique, « mais un tout dynamique, en mouvement, à faire, avec des rapports dialectiques d’intériorité entre les parties ». Pour lui trois conditions sont nécessaires pour passer du rassemblement au groupe :

  • l’intérêt que les membres ont en commun est assez puissant pour que ceux-ci l’intériorisent et le prennent en charge, et que d’intérêt en commun, il devienne intérêt commun ;
  • ensuite que l’on passe des communications indirectes aux communications directes 
  • l’existence dans la société globale, de groupe qui défendent activement des intérêts antagonistes et qui appellent implicitement à la lutte contre eux.

 

Chez les sociologues germaniques les travaux de recherche dévoilent trois catégories de « groupe ». La Gemeinschaft qui est un groupement de parenté ou de localité ; la Geselleschaft qui est une association volontaire fondée sur un contrat et le Bund qui est une alliance d’adolescent ou d’adulte avec une adhésion fortement passionnée pour la poursuite des buts communs.

 

Aux Etats-Unis les premiers groupes nommés Quakers ont été aménagés par les colons anglais (18e siècle). Ces groupes contribuaient à « répandre les idées de tolérance religieuse, de justice sociale, d’anti-esclavagisme, de pacifisme, d’humanisation du système pénitentiaire, d’instruction des filles ». Alexis de Tocqueville[6] de retour des USA rapporte avec enthousiasme le poids de la présence des Quakers qui ont une conception démocratique du groupe.

 

Mais c’est avec Elton Mayo[7] (1880-1950) que l’on va s’intéresser à la psychologie du travail : les relations humaines dans l’industrie. Il introduit le « test-room » qui consiste à installer un laboratoire sur le terrain dans l’environnement de travail des individus observés (association méthode clinique et méthode expérimentale).

 

  1. Des théories et méthodes

 

Jacob-Levi Moreno (1889-1971) a prescrit la sociométrie. Il avance que les individus sont reliés entre eux par trois relations possibles : sympathie, antipathie, indifférence. Au sein d’un groupe ces relations peuvent être mesurées à l’aide d’un questionnaire, et le dépouillement sous forme de tableau révèle les liens socio-affectifs et la cohésion du groupe. La représentation graphique de ces liens s’appelle le sociogramme.

 

La dynamique de groupe de Kurt Lewin (1890-1947) est révélée par l’étude de groupes artificiels en incorporant des variables de climats sociaux (autocratique, démocratique, laisser-faire). Il en ressort que l’agressivité est commune à ces trois variables ci-dessus, et ce, quelque soit le style de commandement. Pour le groupe en situation autocratique on a une résistance à l’agressivité (inertie) ou une obéissance passive ; alors que pour le groupe géré démocratiquement l’agressivité accroît la productivité ; enfin pour le groupe laisser-faire l’agressivité reste élevée et la productivité est la moins importante.

Kurt Lewin a étendu ses travaux aux groupes naturels et nous dit que « le groupe et son environnement constituent un champ social dynamique dont les principaux éléments sont les sous-groupes, les membres, les canaux de communication, les barrières ».

Il s’intéressera par la suite au changement social et divulguera que les forces opposées (résistance au changement) ne modifient pas l’équilibre mais entraîne une augmentation de la tension dans le groupe. Ainsi peut-on envisager le changement en réduisant les tensions internes. Trois étapes à suivre : dé-cristalliser, changer, cristalliser.

 

Les disciples de K. Lewin après sa mort vont instaurer la méthode du T-group ou groupe de diagnostic (approche clinique). Le T-groupe permet l’analyse des effets de communications, des affinités, et de l’autorité dont on observe une vacance du pouvoir.

On y retient qu’en France le groupe de diagnostic est adopté depuis 1956. Il consistait en l’apprentissage de la négociation et de la concertation et l’entraînement du travail en groupe.

 

Serge Moscovici vient se positionner en contradicteur des expérimentalistes. Il rejette les épiphénomènes de « conformité-déviance » (contrôle social, exigence de conformité, recherche de consensus) mais axe son étude critique « sur l’existence de minorités considérées en tant que sources d’innovation et de changement social ». Il édicte que le style de comportement à son importance ainsi que l’influence sociale qui est unilatérale, mal répartie, maintient et renforce le contrôle social. Aussi, le rapport de dépendance détermine le poids de l’influence sociale qui est déterminée et l’incertitude que l’on souhaite réduire. Il émet les principes suivants : « chaque membre du groupe, indépendamment de son rang, est une source et un récepteur potentiels d’influence ; le changement social autant que le contrôle social constitue un objectif ; les processus d’influence sont liés à la production et résolution de conflits (…) » page 101. 

 

La conception psychanalytique de Freud[8] est que la famille et la société sont différenciées à partir d’une réalité groupale : le clan. Il pose l’interrogation suivante sur le plan psychologique : existe t-il d’autre source d’autorité et d’organisation du groupe que l’autorité patriarcale ? « Le progrès social semble représenté le passage du groupe social fondé sur l’autorité du père et l’identification au chef. Mais ce progrès n’est pas accompli une fois pour toute » page 109.

 

Avec W.R. Bion[9], une autre conception psychanalytique, établit que le comportement d’un groupe s’effectue à deux niveaux : la tâche commune et les émotions communes. Les membres du groupe se combinent instantanément et involontairement pour agir selon des états affectifs : la dépendance (protection d’un leader); le combat-fuite (refus de la dépendance au leader) et l’assemblage combat -fuite (formation de sous-groupes).

 

Enfin pour conclure, Didieu Anzieu dit que les individus demandent au groupe une réalisation imaginaire de leurs désirs refoulés. Il emploi même le terme d’illusion groupal (recherche dans les groupes d’un état fusionnel collectif). Il parle aussi d’organisateurs psychiques (le fantasme individuel, les fantasmes originaires, l’image, le complexe d’œdipe, l’imago du corps propre).

 

Les phénomènes de groupe

 

  1. Pouvoir, structures, communications

 

  • Le pouvoir

 

On nous définit[10] le pouvoir comme « un principe structurant , inhérent à la famille, à la société, et aux organisations, imposé par la répression et/ou l’intériorisation des normes communément admises. Il se traduit à l’intérieur des groupes humains, par diverses formes d’autorité et à l’extérieur de ceux-ci par des manifestations de puissance » page 162.

 

Il se trouve que les individus doivent s’appliquer à maîtriser leur tendance à l’ethnocentrisme, puis abandonner le modèle hiérarchisé du groupe pour apprécier le pouvoir comme l’émanation du groupe pris dans sa totalité.

 

Parmi les groupes naturels on identifie la famille étant l’un des plus anciens où le pouvoir s’incarnait en la personne du père. De ce modèle patriarcal on est passé au modèle patrimonial et Didier Anzieu nous dit que tôt ou tard la société confronte l’enfant à la loi du père (pouvoir détenu par la transmission du nom) ; par ailleurs, il disposerait de la force physique et de la possession exclusive de la mère.

 

Dans certains groupes primitifs (groupes sans état : tribus) on a pu constater, d’une part, que c’est le corps social qui détient le pouvoir et l’exerce en unité indivisée (lieu du refus d’un pouvoir séparé). Mais d’autre part, l’autorité peut provenir de la bravoure et de la crainte qu’elle inspire (le prestige se transforme en pouvoir social).

 

Les observations des groupes expérimentaux ont démontré que le groupe restait le seul détenteur du pouvoir qu’il déléguait à celui qui apparaît comme étant le plus efficace. On nous cite en exemple, le cas de séances de travail qui nécessitent une prise de décisions où le Président de séance désigné se voit remplacer par un président émergent de l’assemblée (résultats de 44 groupes sur 72 observés).

 

  • Principe de dynamique – Concept de locomotion[11] de groupe

 

Le concept de locomotion signifie que le groupe passe d’un état d’esprit à un autre (psychologique). Ici, l’environnement du groupe joue un rôle capital.

 

La dynamique engendre deux types de tension, celle positive qui fait progresser le groupe et une tension négative nécessaire pour gérer les relations interpersonnelles (conflits).

Le groupe regardé comme un système fermé dépense une fraction de son énergie alors que le reste demeure latent. On va donc chercher à réduire cette fraction occultée, et l’un des facteurs reconnu pour y remédier est l'aspect de l’encadrement de ces groupes, car il influe sur le moral ou la performance.

On aurait à faire à deux types d’énergie : l’énergie de production qui permet d’atteindre les objectifs ; et l’énergie d’entretien (propre du groupe) qui a une fonction de facilitation (aspects physiques de la communication, processus opératoires, processus de travail) et une fonction de régulation (relations interpersonnelles, facteurs psychosociaux).

En somme, lorsque l’emporte la production, on parle de groupes d’action (activistes) et lorsque domine l’énergie d’entretien il s’agit de groupes mondains ou de commémorations.

 

  • La prise de décision (chemin vers les buts)

 

La prise de décision est un processus ordonné par l’existence de conflits qui sont substantiels ou affectifs. Ce processus passe par trois étapes avant d’arrivée à la décision finale : la collecte d’information, l’évaluation et l’influence. On progresse vers une décision que si on analyse en commun la nature et l’origine de ces conflits. En ce sens, on observe que la pérennité des groupes dépend de leur « effort de création permanente à résoudre les conflits ».

Cela signifie qu’une décision prise pour le groupe et dans le groupe suppose qu’il y a eu recherche de consensus. Ce consensus est existant que si l’accord obtenu n’est pas survenu facilement.

Les auteurs nous font partager une définition : « le consensus (…) est un consentement composé d’acceptation active de soi et d’autrui, et des relations de soi-autrui » page 180.

 

Le consensus se vérifierait suivant trois critères :

  • en surface, puisque bien souvent la façon dont la décision est prise est plus importante que le contenu ;
  • en profondeur, puisque le mode d’expression des individus importent tout autant ;
  • en compréhension, puisque les décisions prises ne sont pas toujours exécutées par les membres.

 

D’où l'intérêt de la recherche de la qualité objective et impersonnelle et l’adhésion qu’elle remporte.

 

  • Les communications et les réseaux

 

On dénote trois natures de communication : la communication instrumentale (c’est la pertinence des résultats par rapport aux objectifs), la communication de nature « consommatoire » (fonction du temps et de l’énergie disponibles), la communication tératologique (communication qui se développe pour elle-même aux détriments de l’ensemble  -rumeurs-).

Le processus de communication comprend deux aspects : un aspect formel et des aspects psychosociologiques (sens des mots, aptitude à communiquer, compréhension –filtre/halo).En contrepartie les obstacles à la communication sont corrélatifs au locuteur et l’allocuté (éléments psychosociologiques)[12].

L’étude des réseaux de communication est estimée indispensable pour déterminer les conditions nécessaires à la coopération la plus efficace au cours de l’accomplissement d’une tâche définie. Les auteurs nous donnent en exemple les jeux, les conversations téléphoniques, les transmissions militaires, les communications commerciales et les communications inter-services d’une entreprise ou administration.

 

Les résultats de ces diverses études ont permis de mettre en évidence :

 

  • Que des individus occupant des positions centrales (influence) jouent plus facilement un rôle de leader au cours des résolutions de problèmes dans le groupe.
  • Que le degré de satisfaction du groupe diffère selon les types de réseaux[13] ainsi que l’efficacité (satisfaction et efficacité ne vont pas toujours de pair).
  • Que le degré de connexité d’un réseau est égal au plus petit nombre de canaux dont le retrait entraîne la déconnexion du réseau.
  • Que les réseaux où la « centralité » (position centrale) est marquée ; les idées des membres ne sont pas ignorées mais non prises en compte.
  • Que la compétition entre les membres d’un réseau entraîne le blocage dans la circulation de l’information et réduit l’efficacité de la tâche commune.
  • Qu’il y a une taille idéale pour la performance et l’efficacité : le groupe de trois au moins et maximum cinq pour la résolution d’un problème précis avec une bonne solution ; le groupe de six pour une résolution de problème avec plusieurs solutions, et pour finir, le groupe de douze à quinze pour obtenir et échanger des opinions, idées, les plus variées possibles pour un résoudre un problème général.
  • Que l’efficacité des communications dépend aussi de l’homogénéité des membres. « Homogénéité du niveau de culture et des cadres des références mentaux. Homogénéité des systèmes de valeurs personnels ». Ainsi les accords sont réalisés plus facilement sur le plan socio-émotionnel et une plus grande énergie est libérée pour la réalisation des tâches.

« Homogénéité de l’équilibre psychique », sinon les individus sont surtout influençables par des communications persuasives.

  • Qu’un groupe est plus productif s’il est composé de membres du même sexe (sauf pour les expériences créatrices) , s’il y a une forte cohésion et peu de membres et si les réseaux de communication permettent un feed-back avec un conducteur de réunion expérimenté.
  • Que le travail en groupe était supérieur à la somme des performances individuelles. Cependant, aujourd’hui il y a controverse pour certains ; ils disent que cette supériorité ne serait pas absolue et qu’elle se vérifierait surtout pour les problèmes intellectuels.

 

  1. Interaction, affectivité

 

  • Relations interpersonnelles et processus opératoires

 

Affinité et moral

 

Les travaux d’Elton Mayo (test-room) ont révélés les manifestations du moral et de l’affinité.

 

On apprend que le moral répandu par le groupe est un sous produit de l’activité d’équipe ; que les termes moral et cohésion sont interchangeables et que le moral peut être mesuré à partir de données sociométriques (quotient moral).

 

Par ailleurs, les affinités qui font une apparition rapide dans les groupes restreints évoluent. Les relations de types dyadiques[14] qui se détruisent sont vites compensées par d’autres.

 

On constate qu’il y a une liaison étroite entre le moral du groupe et le comportement de l’encadrement, d’où les programmes de formation des encadrants[15] (commandement centré sur l’homme plutôt que sur la tâche et divulgation systématique de l’information au personnel).

 

A contrario d’autres sociologues ont préconisé la « participation conflictuelle » dans les organisations sociales.

 

On retient qu’à valeur égale l’influence d’un individu peut s’exercer différemment sur la performance du groupe. Pour les groupes d’amis on observe qu’ils ont habituellement un moral plus élevé. Ils exercent d’avantage d’influence les uns sur les autres et ainsi sont-ils plus productifs.

 

Il existe aussi un autre phénomène dans les groupes ; il s’agit du problème de la dépendance.

 

La dépendance

 

Lewin a distingué deux sortes de dépendance : la dépendance constitutive (les membres sont nécessaires les uns aux autres pour atteindre leurs objectifs) et la dépendance de référence (les membres constituent les uns pour les autres un cadre de référence).

 

Cependant dans les groupes de diagnostic on a pu observer les manifestations de dépendance par rapport au moniteur (animateur, coordinateur) qui est perçu comme une figure d’autorité.

 

En ce sens, J. Muller qui a approfondi le concept définit la dépendance comme un lien établi à partir d’analogie, d’identité, des causes ou de circonstances.

Il a ainsi étudié la dépendance comme une attitude (dépendance situationnelle) et il fait état de :

  • la dépendance contractuelle, qui dit-il, présente des perspectives d’évolution et de dépassement ;
  • la dépendance institutionnalisée, fondée sur des besoins divergents mais complémentaires (ex. relations employeurs, employés) ;
  • la dépendance-infériorité (exploitation de la dépendance).

 

Mais avec les travaux de S. Moscovici on a la classification selon la source d’influence et sa direction (toujours unilatérale) :

  • la dépendance institutionnelle qui est attachée au statut social et/ou à la compétence ;
  • la dépendance instrumentale, reliée à la satisfaction du besoin des autres.

 

La résistance au changement

 

Les auteurs contractent à Le Chatelier l’explication du phénomène qui s’applique en biologie, en psychologie et en psychologie sociale, expliquant l’inertie des individus et des groupes : « Toute modification apportée à l’équilibre d’un système entraîne, au sein de celui-ci, l’apparition de phénomènes qui tendent à s’opposer à cette modification et à en annuler les effets ».

Avec ce modèle on déduit que toute action sur un groupe visant à modifier ses propres normes engendre des forces qui viennent neutraliser cette dernière. Pour cette raison on considère qu’il est préférable de réduire les forces d’opposition au changement plutôt que d’accroître les forces de pression en faveur du changement.

Les origines des résistances sont soit en rapport à la collectivité ; soit ont trait aux individus eux-mêmes (inertie, anxiété) ; soit aux interactions dans le groupe (uniformisation des performances individuelles).

 

Il est dit que le changement se prépare par une discussion pour permettre l’autorégulation du groupe ainsi que l’amélioration des attitudes par rapport au travail.

En établissant un lien au processus du consensus, le changement stable des normes d’un groupe semble exiger la recherche et la détermination d’un nouveau consensus.

 

Créativité du groupe de travail

 

La créativité s’oppose à la productivité et tient plus dans la qualité et à la nouveauté.

On nous décrit trois sortes de créativité. En premier, nous avons la créativité expressive ou artistique, qui est « l’élaboration des représentations et des significations qui tendent à traduire une vision interne des sujets et des groupes ». Ensuite, la créativité orientée qui permet la résolution de problèmes. Et pour finir, la créativité constructive, qui constitue une série de structures en partant de certains éléments et des règles qui indiquent la liaison désirable entre les éléments.

 

Dans le monde de l’entreprise les méthodes les plus utilisées sont :

  • le brainstorming où le travail collectif inhibe la pensée créatrice ;
  • la synectique définit comme une combinaison de divers éléments apparemment hétérogènes (études de cas, analyse autobiographique)
  • la pensée collective, utilisée par des groupes de chercheurs (univers scientifiques et philosophiques).

 

Ces méthodes ont en commun le fait qu’elles excluent systématiquement l’esprit critique. Les auteurs nous rappellent que c’est exceptionnel dans la vie courante.


[1] Association Française pour l’Accroissement de la Productivité

[2] En annexe 1 et 2 : Tableaux (classification des groupes humains & classification des groupes suivant la taille)

[3] Douze tendances :     5 se rapportant aux plaisirs des sens (goût, tact, vue, odorat, ouïe),

7 se rapportant aux sociales

[4] Fondateur de l’école sociologique du 19ème siècle

[5] Critique de la raison dialectique, 1960, Gallimard

[6] De la démocratie en Amérique, 1835 à 1840

[7] Professeur de philosophie australien, il dirige le département de recherche industrielle de Havard.

[8] Psychologie des foules et analyse du moi

Totem et tabou

[9] Recherches sur les petits groupes, PUF, 1961

[10] Définition empruntée à Ph. Secretan (Autorité, Pouvoir, Puissance, Lausanne, L’Age d’homme, 1969)

[11] ce concept est avancé par Cartwright et Zander en 1953

[12] En annexe 3 : Les obstacles aux communications et les moyens de les surmonter (tableau)

[13] En annexe 4 : Schémas de réseaux de communication (cercle, rayon, chaîne, tous circuits)

[14] Dyade : réunion de deux principes qui se complètent réciproquement.

[15] Formation fortement axée sur les agents de maîtrise, encadrement intermédiaire.

 

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