Fin de la face cachée des organisations

 

Le groupe informel : un dispositif social favorisant la satisfaction et l’engagement

Les auteurs ont cherché à démontrer s’il existait un lien entre les groupes informels et la satisfaction au travail (se sentir bien dans son travail), l’implication et l’investissement dans son travail et l’engagement au sein de l’organisation. Mortimer et Lorence (1989)[56], et Cheloha et Farr (1980)[57] ont démontré l’existence d’un lien entre la satisfaction et l’implication dans son travail. Cook et Wall (1980), et Scott et Wimbush (1991)[58] ont quant à eux démontré le lien entre satisfaction et engagement organisationnel. L’engagement organisationnel se définit comme l’investissement personnel consenti au profit de l’organisation. La satisfaction au travail est équivalente entre les membres et les non-membres de groupe informels. Cependant, l’insatisfaction produite entre la réalité de l’emploi et les attentes initiales de l’embauche s’en trouve atténuer, notamment par le fait de se retrouver avec d’autres dans la même situation. Il n’a pas été décelé d’influence sur l’engagement ou l’implication au travail par le fait d’appartenir à un groupe.

Le groupe informel : un dispositif social favorisant le sentiment de maîtrise dans l’organisation

Les auteurs ont cherché à identifier si le soutien social jouait un rôle sur la génération d’un sentiment de maîtrise dans l’organisation. Le sentiment de maîtrise comprend trois dimensions : la compréhension, la prévisibilité et le contrôle. Pour Sutton et Khan (1986)[59] la perception d’être en capacité de comprendre et de prévoir des événements serait réducteur du stress au travail, tout comme le sentiment de contrôle serait facteur de bien-être dans l’organisation.

 

D’un point de vue conceptuelle, le sentiment de maîtrise organisationnelle a des similitudes avec l’habilitation psychologique (psychological empowerment). Selon Zimmerman, l’habilitation psychologique comporte une composante personnelle (capacité à influencer son environnement), une composante interactionnelle (comprend le fonctionnement de son environnement) et une composante comportementale (peut y exercer des contrôles). De manière corrélative, la dimension contrôle de la maîtrise organisationnelle correspond à la composante personnelle, et les dimensions compréhension et prévisibilité sont du niveau de la composante interactionnelle. Le soutien informationnel entre membre d’un même groupe informel permet de mieux interpréter la réalité organisationnelle environnante. La dimension contrôle de la maîtrise organisationnelle est par ailleurs davantage liée au niveau hiérarchique occupée par le membre dans l’organisation qu’à son appartenance à un groupe informel. L’appartenance au groupe informel apporte un sentiment de maîtrise organisationnelle, sans pour autant développer une volonté de prise de pouvoir dans l’organisation. Par ailleurs, les résultats démontrent que l’accès à l’information accroît le sentiment de maîtrise organisationnelle des membres de groupe informel. Or pour Spreitzer (1995)[60] l’accès à l’information stratégique, qui favorise la compréhension des visions et des buts de l’organisation, est un préalable à l’habilitation psychologique.

En conclusion de ce chapitre, les auteurs attirent notre attention sur les effets positifs qu’apportent les groupes informels à l’organisation, à la différence de l’école classique des organisations qui voyait en ces regroupements un rôle néfaste sur l’organisation. Or, ils soulignent l’importance pour les gestionnaires de prendre en considération ces groupes en les intégrant dans leur culture organisationnelle, d’autant plus qu’il est quasiment impossible d’en empêcher leur formation et leur développement.

 

  1. Le groupe informel et la gestion de l’information

Groupes informels et information

L’information est une ressource qui permet aux individus la possédant de se sentir en maîtrise de leur environnement organisationnel. Par conséquent, elle est un moyen de mobiliser et de stimuler l’engagement du personnel pour les décideurs. Cette information peut émaner des moyens formels de communication mis en place par l’organisation, mais également de réseau informel et d’échange. Les auteurs au travers de leurs études ont tenté de répondre aux questions suivantes : « l’appartenance au groupe informel permet-elle d’avoir accès à plus d’information privilégiée ? Cette information est-elle davantage retenue au sein du groupe informel qu’au sein d’autres types de groupes ? Est-ce que l’appartenance au groupe informel est associée à des tactiques de déformation de l’information ? »

Accès à l’information privilégiée

Luc Brunet et André Savoie définissent l’information privilégiée comme étant une information portant sur des aspects primordiaux de l’organisation (changement à venir, les buts réels de la direction, les rapports d’influences entre décideurs, la véracité des données organisationnelles, des renseignements connus avant leur annonce officielle), et n’étant pas accessible par tous les travailleurs. Elle peut donc devenir importante dans le cadre de jeu politique au sein de l’organisation. Les individus disposant de nombreux contacts reçoivent beaucoup d’informations sur une multitude de sujet, les membres de groupes informels reçoivent quant à eux une information plus ciblée sur des sujets ayant une importance pour le groupe. L’information transmise au sein du groupe informel est généralement plus fiable, car elle est communiquée sans déformation et de manière directe. De plus, cette information pourra être décodée et interprétée au sein du groupe, afin de lever des ambiguïté ou des incompréhension, par les discussions entre membres.

Rétention de l’information

Certains chercheurs comme Festinger et al. (1950)[61], Goldhaber (1990)[62], et Granovetter (1973)[63] pensent que dans les groupes à forte cohésion entre membres, les informations circulent rapidement, mais qu’elles ne sont pas transmises aux non-membres. Cette rétention d’information s’explique pour Roethlisberger et Dickson (1967) par la protection et l’entraide existant entre les membres (évitant ainsi que l’information puisse nuire à l’un des membres). Pour Dalton (1959), la rétention d’information joue un rôle défensif face aux dirigeants. Le passage de l’information d’un groupe informel à un autre se fait par l’intermédiaire d’individus entretenants des liens faibles avec chacun d’eux.

Déformation de l’information

La déformation de l’information est une manipulation délibérée (distorsion ou diffusion de fausse rumeur) de l’information à des fins stratégiques pour l’acquisition de nouvelles ressources (ex : promotion).

Etudes sur le terrain

Les auteurs ont vérifié au travers d’un questionnaire auprès de 215 personnes, si l’appartenance à un groupe informel jouait un rôle sur l’accès à l’information privilégiée, sur la rétention d’information, et sur la déformation de l’information. Les résultats ont démontré les points suivants :

  1. Les membres des groupes informels accèdent davantage à l’information privilégiée que les non-membres s’ils sont de faibles ou de haut niveau hiérarchique (notamment de par leur position dans la structure et l’accès à des contenus informationnel).
  2. Les personnes occupant un poste de niveau hiérarchique supérieur accèdent à plus d’informations chez les membres de groupes informels et les non-membres et chez les membres de réseaux informels.
  3. Les membres des groupes informels retiennent davantage d’informations que les membres d’autres groupes (comité, équipe de travail…), notamment s’ils font partis d’un réseau informel.
  4. Les membres de réseaux informels ne retiennent pas moins d’informations que les non-membres de réseaux.
  5. Les membres de groupes informels faisant partis d’un réseau informel sont ceux qui retiennent le plus l’information.
  6. Les membres de groupes informels, comme ceux d’autres groupes, ne déclarent pas déformer davantage l’information face à ceux qui n’appartiennent pas à leurs groupes.
  7. Les membres de groupes faisant partie de réseau informel déclarent déformer moins l’information que ceux qui n’en font pas partie.

Dalton (1959) suggère que l’appartenance à un groupe informel vertical ait un caractère stratégique pour les membres de faible niveau hiérarchique qui bénéficie d’une information privilégiée émanant des membres de haut niveau hiérarchique du groupe qui maîtrise les ressources de la structure formelle. Cependant, les résultats de l’étude démontrent que les membres de groupe informel horizontaux disposent d’autant d’information privilégiée que ceux des verticaux, malgré l’absence de personne de niveau hiérarchique supérieur. L’appartenance à un groupe informel offre également l’opportunité pour les membres de bas niveau hiérarchique, outre le contact avec les autres membres, d’être en relation avec des individus gravitant autour de leur groupe. Les observations des auteurs permettent de signaler que les membres de groupes informels (84% des répondants) quelque soit leur niveau hiérarchique sont plus intégrés à des réseaux informels que les non-membres. Ces observations corroborent les études d’Erbe (1962)[64] qui montrent que les personnes ayant beaucoup de contacts sont les plus intégrées au groupe informel et celle de Brass (1984)[65] qui révèle une corrélation importante entre les échanges d’information et les relations d’amitié dans les réseaux informels des organisations.

Pour Steele (1975)[66] la rétention d’information, au sein du groupe, peut provenir du climat de méfiance régnant à l’égard des gestionnaires, et aurait pour but de protéger les membres contre des supérieurs hiérarchique qui s’y attaqueraient. La déformation d’information provient davantage de non-membre de réseau informel que par les membres de réseaux. Pour Conrad (1990)[67], le risque encourut par les membres de réseaux informels de distordre l’information est bien plus grand que pour les non-membres. En effet, en cas de découverte ils pourraient perdre toute crédibilité et se voir refuser l’accès à des réseaux d’échanges d’information au sein de l’organisation.


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