Fiche de lecture : Le monde du travail

 

Rakefet ASHER
Cnam Chaire D.S.O. Cycle C1
2000 - 2001

 

LE MONDE DU TRAVAIL

Sous la direction de

Josiane Boutet, Henri Jacot, Jacques Kergoat, Danièle Linhart

Edition la découverte "textes à l'appui" 1998, 443 pages

 

SOMMAIRE

 

Les auteurs

Sous l’égide de RESSY : "Recherche, Société, Syndicalisme", des chercheurs, des praticiens, des syndicalistes ont mené ensemble une réflexion sur le monde de travail.

Initié et animé par 57 chercheurs : historiens, politologues, sociologues, psychologues, linguistes, ergonomes, psychanalystes, philosophes, anthropologues, et par des syndicalistes de toute appartenance, le groupe RESSY a mis le travail au centre de ses recherches. Plusieurs ouvrages sont issus de ses travaux dont le présent, ouvrage collectif, sous la direction des J. BOUTET, H. JACOT, J. KERGOAT, D. LINHART avec la contribution des 48 participants

Josiane BOUTET est linguiste, professeur de linguistique à l’université paris VII

Henri JACOT est économiste, professeur à l’université Lyon II

Jacques KERGOAT est président de RESSY et historien

Danielle LINHART est sociologue, directrice de recherche au CNRS

La question posée

Alors qu’une quasi-révolution langagière a submergé le monde de travail, accréditant l’idée d’un nouveau modèle organisationnel et d’une nouvelle entreprise, quelles sont aujourd’hui les formes du travail, sa place et son rôle dans la société ? Quel est l’état réel du travail en cette fin du XXème siècle ? Est - il vecteur de socialisation et d’émancipation ou le caractère aliénant de l’organisation le corrompt de l’intérieur à un point tel que les espaces démocratiques dans l’entreprise ne seraient qu’un leurre ?

Les idées clé

  • On ne travaille pas aujourd’hui comme on travaillait il y a cinquante ans ou même trente ans, les entreprises, les techniques, les métiers, les rapports sociaux ont changé, il ne suffit pas cependant de s’en tenir à la seule définition d’objectifs pour savoir ce qu’il en est exactement, sur le terrain, des situations de travail au sein des configurations nouvelles de l’organisation.
  • On ne peut déduire automatiquement de cette évolution qu’elle entraîne un travail plus intelligent, plus riche, et plus respectueux de l’autonomie des personnels ; Malaise, désarroi, souffrance, peur, stress font également partie de ce qu’induisent les mutations sur le lieu de travail.
  • La place objective et subjective du travail paraît s’amenuiser ; il n’est pas évident pour autant qu’on aille vers "la fin de travail"
  • Le management avance avec des logiques contradictoires traduisant l’ambivalence de ses choix
  • Le travail étant fondamentalement ambivalent : émancipateur d’un côté car permettant l’accès à la socialisation, aliénant de l’autre car échappant en grande partie au libre arbitre de l’individu, il conviendrait de miser également sur d’autres activités, d’autres valeurs susceptibles de conduire à l’épanouissement individuel et à un lien social plus riche.
  • Le travail constitue aujourd’hui le principal moyen d’insertion sociale. Une analyse de la réalité du monde du travail, de ses acteurs, de ses règles ne doit pas aller vers une résignation à ce que le travail impose sa loi mais vers la prise de conscience que les hommes peuvent changer le travail.

La démarche

L’ouvrage présente une sorte de maillage de différentes approches disciplinaires et vise à rendre compte des facettes multiples et des divers enjeux de la réalité du monde de travail à travers ses dimensions essentielles :

  • Evolution des métiers
  • Conditions de travail
  • Division et organisation du travail
  • Acteurs
  • Emploi / chômage

Ceci afin d’aboutir à un bilan des diverses transformations qui affectent le monde du travail et à situer la place et le rôle du travail dans notre société.

L’architecture de l’ouvrage

L’ouvrage se divise en six chapitres :

  1. La place du travail dans la société
  2. Activités et métiers
  3. Les conditions de travail
  4. Travail et emploi
  5. Division de travail
  6. Entreprises, acteurs et enjeux

Le résumé

I. La place du travail dans la société

1. Sens et place du travail dans les sociétés par Noëlle CHAMOUX, anthropologue

L’auteur s’interroge en tant qu’anthropologue sur la question de la contingence du travail qui recouvre des réalités et des significations très différentes selon les principes de fonctionnement des diverses sociétés.
Se pose ainsi la question de la définition du travail dans l’ensemble de l’histoire de l’humanité, de nombreuses sociétés lointaines historiquement ou culturellement de la notre n’ayant aucune notion de "travail" comparable à la notre.
Le travail n’est donc pas un concept simple, objectif, définitif, susceptible d’expliquer l’histoire de l’homme en société.

2. Regards philosophiques sur le travail par Jean Marie VINCENT, philosophe

Philosophe se referant à MARX, J. M. VINCENT estime que le travail est une marchandise au service du capital.
Certes, il modèle les relations sociales, mais dans un système de dépendance.
Partant des réflexions d’ARISTOTE sur l’esclavage et passant par les théories de MARX sur l’accumulation du capital, il s’appuie sur les conclusions de Max WEBER pour affirmer que la société capitaliste est marquée par un renversement des fins et des moyens : les hommes ne posant plus comme fins socialement reconnues dans la société capitaliste que la fabrication de moyens de plus en plus efficients.
Citant T. W. ADORNO, il pose la question des rapports sociaux fonctionnant comme une seconde nature, des appareillages technologiques transmettant les impératifs du capital comme autant d’exigence "naturelles".
Pour ces philosophes, le sujet marxiste de critique de l’économie est ainsi toujours d’actualité.

3. Le travail fantôme par André GORZ, journaliste

André GORZ défend l’idée que l’identité sociale ne passe plus par la reconnaissance liée au travail, que celui ci n’a jamais été source d’intégration et de cohésion sociale car même à son apogée la société salariale était déchirée par l’antagonisme des classes et c’est contre leur cohésion, leur identité de "classe" que l’entrepris a toujours lutté, trouvant aujourd’hui l’arme absolue avec l’individualisation et la discontinuité du travail.
D’après GORZ, jamais l’idéologie du travail – valeur n’a été proclamée aussi fort et jamais la domination du capital sur les conditions et le prix de travail n’a été aussi indiscutée.
Jamais la fonction du travail en tant que source de lien social, d’intégration et d’identité personnelle n’a été aussi invoquée que depuis qu’il ne peut remplir aucune de ces fonctions.
Ainsi, pour André GORZ, la prétention de l’entreprise à mobiliser à son profit la personne tout entière aboutit au résultat inverse : le désengagement à l’égard de travail.

4. Centralité ou déclin du travail ? par Christophe DEJOUR, psychanalyste et psychologue de travail

Abordant d’un point de vue opposé à celui d’André GORZ la question de la centralité du travail, Christophe DEJOUR conteste qu’il y ait diminution du volume de travail et estime que l’identité sociale passe donc par la reconnaissance liée au travail. Encore faut - il s’interroger sur la dimension de ce qu’il nomme le "travail occulte", en particulier dans le secteur agricole car pour obtenir la productivité actuelle, les agriculteurs ne travaillent plus seuls.
Christophe DEJOUR pose également la question du temps "libre" au centre des tous les discours et se demande si le temps "libéré" peut rester "libre" sous la pression du marché et de la concurrence mais ne tend pas à être réinvesti dans des efforts pour améliorer la compétitivité et accroître les compétences.
Ainsi le travail ne se limite- t-il pas à la seule notion du travail salarié et convient-il de signaler qu’entre "travail" et "hors travail" il y a interdépendance.

5. Centralité du travail et cohésion sociale par Robert CASTEL, sociologue

Robert CASTEL pour sa part pose la question de l’effritement de la société salariale : cette structure se maintient mais son système de régulation se fragilise et les effets des mutations technologiques ont des conséquences parfois dévastatrices sur la condition salariale. On constate en effet un décrochage croissant par rapport au système de garanties minimales attachées au travail dans la société salariale et la transformation majeure n’est pas qu’il y ait moins des salariés mais qu’il y ait beaucoup plus de salariés précaires et menacés de chômage.
L’hégémonie du marché s’impose à la mesure de l’affaiblissement des régulations de travail.
La difficulté actuelle est donc de prendre en charge la question du travail en tentant de lui redonner son statut de régulateur de lien social.

II. Activité et métiers

6. Les identités professionnelles par Claude DUBAR, sociologue

Claude DUBAR aborde les identités professionnelles comme ancrées dans des formes collectives de division du travail et comme s’inscrivant dans des processus individuels de construction de soi.
Il répond à la question : En quoi le travail permet-il à la fois de se définir soi même et d’être défini par les autres ?
En étudiant les identités au travail et les rapports de pouvoir, les identités professionnelles et les identités sociales, il affirme que les identités au travail ne découlent pas mécaniquement des situations définies à partir de critères objectifs mais de la manière dont on considère son travail et dont on se considère ou non comme "acteur" dans son organisation.
Ces identités dépendent donc essentiellement des relations que l’on entretient avec les autres partenaires et d’une situation construite et définie subjectivement.

7. La recomposition du salariat par Tony ANDREANI, sociologue

Pour ce sociologue, l’analyse qui permet le mieux de mettre en évidence les transformations de la structuration sociale du salariat repose sur le concept de domination.
Analysant "classe dominante" et "classe dominée", il réfute toute théorie d’une "classe moyenne" et affirme que le prolétariat, loin d’avoir régressé, a maintenu sa proportion parmi les actifs = 57,5%, le nombre des employés rejoignant celui des ouvriers.
L’évolution la plus remarquable est la forte progression d’une "petite bourgeoisie du capitalisme" constituant une classe intermédiaire.

8. La galaxie des services par Jean GADREY, économiste

Pour cet économiste, ce qu’il nomme la "galaxie" des services concerne aujourd’hui plus des deux tiers de l’emploi total en France, mais si l’industrie occupe de moins en mois de place dans l’économie et même si on peut dire qu’elle se "tertiarise" avec le poids décroissant de la fonction de fabrication au bénéfice des fonctions de conception, de marketing, distribution, on constate à l’inverse que les activités de service, "s’industrialisent" en s’organisant sur un modèle de fabrication industrielle : Standardisation des services pour pouvoir les produire en série (restauration rapide, gestion automatisée de polices d’assurance standard par exemple). Dans cette conception normative, la production des services emprunte aux modèles d’organisation industrielle, ce qui devrait permettre des gains de productivité.

9. Différence ou division ? La diversité des métiers ouvriers  par Michel GOLLAC, statisticien

Déclin, éclatement ou recomposition de la classe ouvrière ?
Pour Michel GOLLAC les changements techniques et organisationnels n’impliquent pas par eux-mêmes un éclatement du groupe ouvrier même s’ils modifient le contenu des métiers.
Ce sont les frontières du groupe ouvrier avec les catégories voisines qui se brouillent, la frontière entre ouvriers et employés étant largement fondée sur le sexisme ; Un même travail, par exemple celui de claviste, pouvant être classé comme travail d’employée (car peu qualifiée) ou d’ouvrier (qualifié) selon le sexe de celui qui l’exerce.
Ainsi les frontières du monde ouvrier ont perdu leur évidence.
La recomposition d’un groupe rassemblant par delà la diversité des métiers des ouvriers et des membres de catégories voisines dépend des mutations dans les pratiques culturelles et d’une action politique.

10. Le travail agricole par Pierre ROLLE, sociologue

Le sociologue Pierre ROLLE étudie à partir de l’exploitation familiale l’évolution du monde agricole en s’appuyant sur la constatation que l’unité de production devient, comme dans l’industrie, un nœud des réseaux multiples, de fournitures, de contrôle, et de financement.
L’agriculteur se partage de nos jours entre divers groupes qui règlent le capital et le travail dans les nouveaux systèmes productifs et qui fixent leurs normes aux entreprises individuelles.
Selon Pierre ROLLE, certaines formes d’associations imaginées pour surmonter les rigidités de l’exploitation familiale préfigureraient des procédures qui se répandent aujourd’hui dans tout l’appareil économique.

11. Le bureau : espace social, espace technique, par Alain CHENU, sociologue

Alain CHENU s’interroge sur la place de l’emploi de bureau dans l’évolution générale de l’emploi.
De l’étude "historique" de l’évolution de ces emplois, il dégage trois "ages" :

  • L’age préindustriel
  • L’age industriel
  • L’age informatique

En ce qui concerne l’époque actuelle, l’impact sur les formes de travail du bureau de l’augmentation de puissance des ordinateurs reste difficile à évaluer car la masse de travail fournie dans les bureaux résulte de la confrontation entre deux tendances opposées :

  • Un traitement de flux croissant de l’information
  • Une performance accrue des appareils de traitement des informations

Ainsi, si la part d’emplois de bureau dans l’emploi total ne cesse de progresser, cette progression ne constituera pas une solution d’envergure contre le chômage.

12. Les nouveaux métiers d’ingénieurs par Rémy JEAN, consultant

Une autre évolution majeure dans le monde du travail concerne les ingénieurs ;
Remy JEAN met surtout en avant l’élargissement de leur fonction à l’ensemble des situations de travail.
La croissance de cette catégorie est actuellement la plus rapide de toutes les catégories professionnelles (sauf les professeurs et professions scientifiques).
Le métier d’ingénieur se caractérise aujourd’hui par :

  • Une diversité croissante des fonctions
  • Des activités de plus en plus multidimensionnelles
  • Une séparation de plus en plus marquée entre les fonctions  techniques  et les fonctions "managériales" à l’intérieur de ce groupe

La gestion des situations de travail est donc un enjeu majeur pour l’ingénieur du XXIème siècle.

13. Que font les cadres ? par Hubert BOUCHET, président de l’union des cadres et ingénieurs (UCI – FO) Force Ouvrière

Catégorie typiquement française, les cadres vivent un questionnement sur leur identité.
Du fait de son accroissement, la composante encadrement a vu exploser l’unité distinctive qui la caractérisait.
Le discours sur "la montée des cadres" cache, selon Hervé BOUCHET, une autre forme moderne du discours sur la croissance de la classe moyenne et l’opposition entre patronat et prolétariat.
En fait, le modèle de "cadre jetable" est devenu possible car les opérateurs sont devenus interchangeables et les cadres souffrent de la "servitude par l’employabilité et la compétence", ce glissement sémantique se substituant aux concepts de "capacité" et de "qualification" et traduisant la nouvelle donne pour les cadres, véritable bouleversement des rapports qui les liaient à l’entreprise.

III. Les conditions de travail

14. L’évolution des conditions de travail par Jean HODEBOURG, fédération des travailleurs de la métallurgie – CGT

Au sein de la fédération des travailleurs de la métallurgie CGT, Jean HODEBOURG observe l’évolution des conditions de travail et livre un constat plus général sur l’ensemble des travailleurs.
L’espérance moyenne de vie a certes augmenté mais les inégalités s’accroissent entre les diverses catégories socio-professionnelles alors que la pénibilité du travail s'amplifie.
Or le lien entre conditions de travail et santé est le plus souvent ignoré et l’accident de travail continue d’être utilisé comme indicateur unique, reflétant l’essentiel des risques professionnels.
En fait, la multiplication des contraintes sur les rythmes de travail est inscrite dans l’évolution de la gestion des entreprises. Les objectifs sont masqués par le terme de "productivité" qui se traduit par une intensification des charges de travail et la notion de pénibilité du travail est largement sous estimée.

15. Quand le travail rationalise le langage par Josiane BOUTET, socio linguiste

Les transformations actuelles des conditions de travail font que la part langagière de celui – ci augmente considérablement autant sous la forme orale que par écrit.
Que fait - on avec le langage dans les ateliers, les services, les bureaux ? Telle est la question posée par Josiane BOUTET qui analyse les aspects du langage au travail dans ses dimensions instrumentales, cognitives et sociales.
Reprenant le débat sur la "sortie du taylorisme", cette socio linguiste s’interroge sur les modes de gestion post-Tayloriens qui modifient la place et la fonction des communications au travail et mettent en place une nouvelle forme de rationalisation du travail dans laquelle l’activité de langage est objet de contrôle et de formatage.

16. Le sujet au travail par Yves CLOS, psychologue du travail

Pour Yves CLOS, les contradictions du travail divisant chaque travailleur au plus profond de lui-même n’ont guère changé depuis le début de l’industrialisation.
Comparant le Taylorisme et les nouvelles formes de gestion des salariés dans une analyse psychologique qui s’appuie sur le concept de dissociation, l’auteur souligne qu’à l’activité motrice – activité réflexive s’est substitué une autre dissociation liée au paradoxe actuel d’une mobilisation subjective à la fois requise et récusée, paradoxe moderne de l’autonomie, d’où l’intériorisation psychique des conflits de critères associés à des objectifs intenables.

17. L’activité de travail par Françoise GUERIN, ergonome

L’auteur dissocie tâche : ce que les salariés ont à faire et prescriptions : la tâche précise des objectifs de production quantitatifs et qualitatifs, les prescriptions ont pour fonction d’encadrer l’action des salariés.
Il signale qu’il existe toujours un écart entre ce qui est attendu du salarié et ce qu’il fait réellement d’où la distinction entre travail prescrit et travail réel.
Les compromis effectués dans ce contexte par chaque travailleur sont préjudiciables pour sa santé psychique. La manière dont le travail est réalisé résulte de compromis tenant compte d’objectifs, de moyens, de résultats et des caractéristiques de la personne.
Ces compromis sont sous la dépendance de l’organisation de travail : plus celui ci est contraint, moins le salarié n’a de marge de manœuvre, plus sa santé est en danger.

18. Le temps de travail par Michel HUSSON, économiste

La montée de la précarité est au centre de la recherche entreprise par Michel HUSSON sur l’évolution du temps de travail.
Il en fait l’historique des dispositifs législatifs et réglementaires.
Reprenant des réflexions actuelles sur temps de travail – temps partiel – flexibilité, il dénonce quelques idées reçues sur le temps partiel "choisi" (essentiellement féminin) et met en évidence la relation entre la flexibilité accrue du temps de travail, l’annualisation et la réduction du temps de travail ramené au premier plan par l’inefficacité des politiques d’emploi.

19. La santé au travail par Annie THEBAUD – MONY, sociologue

A travers plusieurs exemples l’auteur montre l’ampleur de la dégradation actuelle de la santé au travail. Excluant les "inaptes" et contribuant à "l’inemployabilité" des nombreux salariés, la rationalisation de la gestion du travail se fait par une sélection accrue des salariés les plus "performants".
En 1898 la loi sur les accidents de travail constituait une reconnaissance sociale et politique de l’impact des conditions de travail sur la santé. Pourtant, paradoxalement le compromis social au terme duquel cette loi fut votée n’a pas fondé un droit des ouvriers à la protection mais construit la légitimité des risques professionnels et leur couverture. L’accident du travail et la maladie professionnelle sont alors considérés comme socialement "acceptables" puisque indemnisables.
Aujourd’hui, le modèle de l’emploi stable, permanent, à durée indéterminée, tend à être remplacé par la flexibilité comme outil privilégié de la rationalisation de la gestion des emplois.
Cette mutation conduit à un affaiblissement des protections contre la maladie et la vieillesse.

20. Le vieillissement au travail par Serge WOLKOF et Antoine LAVILLE, ergonomes

Ces deux ergonomes analysent la notion de vieillissement au travail, notion complexe si on n’envisage pas un "travailleur moyen" mais qu’on prend en compte la variabilité des êtres humains, diversité niée dans le système de production qui fait référence à un "opérateur" présentant, à priori, des caractéristiques "moyennes". S’attachant à une conception où c’est sur les conditions de travail et son organisation qu’il faut agir afin de maîtriser les effets du vieillissement, les auteurs montrent comment les salariés construisent eux- mêmes des stratégies de compensation qui leur permettent de continuer à occuper au mieux le poste de travail mais ces stratégies ne sont réalisables que si l’organisation et les conditions de travail les préservent ou les favorisent.

21. Concevoir des systèmes de production par Françoise DANIELLOU, ergonome

La question traitée par cette ergonome est celle de la conception des installations industrielles : Comment associer aux concepteurs de sites les opérateurs eux-mêmes ? Comment appréhender le travail réel et comment concevoir ce que sera le travail dans des installations en cours de conception ?
C’est une méthodologie qui repose sur le dialogue que l’auteur propose.

22.L’évolution des risques professionnels par Dominique HUEZ, médecin de travail

Pour ce médecin, le mouvement actuel de précarisation de l’emploi, l’individualisation des parcours, l'amplification du travail diminuent les marges de manœuvre qui concourent à la construction de l’identité.
Faute de régulation sociale, l’intensification du travail n’a pour limite que les possibilités physiologiques et psychologiques de l’individu. Il y a donc une relation entre la réalité de l’investissement demandée dans le travail et les conséquences sur la santé de la surcharge qui y est liée.
Dominique HUEZ aborde également les effets de la sous- traitance sur les risques accrus d’accidents de travail dont il dénonce l "invisibilité" car plus le travail est précarisé moins les accidents sont déclarés.
Enfin, l’auteur analyse les conséquences de la précarisation sur la santé et met en évidence l’impact des souffrances psychiques et du stress sur la santé mentale.
Il y a, selon lui, un désajustement entre les outils réglementaires et juridiques destinés à protéger la santé des salariés et les situations réelles de travail telles qu’elles se concrétisent aujourd’hui.

IV. Travail et emploi

23.Travail, emploi ou activité ? par Annie FOUQUET, économiste et sociologue

L’auteur définit l’emploi avant tout comme une "relation qui unit une personne à une organisation". Ceci dans un cadre construit : droit de travail, conventions collectives, accords d’entreprises.
C’est en cela que l’emploi se distingue de la situation d’activité ou de travail.
Pour qu’il y ait emploi, et donc statut, il faut que l’activité s’inscrive dans une relation collective et qu’elle soit échangeable contre un salaire.
Ainsi la femme au foyer accomplit-elle une semaine de 70 heures de travail domestique sans emploi. L’emploi est assis sur la norme du salariat à temps plein de la grande industrie Taylorienne et c’est à la fin du XIXème siècle que furent posés les prémices de la protection sociale et de la notion d’emploi.
Les statistiques se sont coulées dans ce mode de pensée visant à gérer et à obtenir le "plein emploi". Le chômage apparaît donc en même temps que le salariat, au moment où le salariat devient la forme dominante de travail rémunéré et que naissent des institutions de protection qui reconnaissent le non- travail. La définition du chômage dépend ainsi de l’organisation sociale d’un pays.
Aujourd’hui, nous connaissons ce que l’auteur nomme "le retour à l’incertain", l’emploi garanti dans la durée est fortement bousculé par les nouvelles données économiques. C’est dans ce contexte qu’apparaît la proposition du "partage de travail" qui est en fait un "partage de l’emploi".

24.Les marchés du travail par François MICHON, économiste

L’auteur s’interroge sur l’efficacité des marchés de travail en comparant ces marchés dans divers pays en relation avec les profondes transformations de l’activité productive.
Dans des pays où l’emploi est majoritairement tertiaire, de plus en plus flexible, délocalisé, précaire, de nouvelles règles d’emploi (ou de sous emploi) se multiplient. Les normes de travail ont de moins en mois à voir avec celles des années soixante.
Si les politiques de l’emploi n’ont jamais autant coûté à la collectivité, leur efficacité est contestée.
Le libéralisme en tire argument pour vanter le retour aux vertus des marchés. Le "marché" reste donc au centre des débats sur l’emploi et le travail et toute l’instrumentation théorique aujourd’hui impose le nécessité de repenser le modèle du marché.
S’agit-il cependant d’amender le modèle pour son application au seul marché du travail ? Ou faut- il reconnaître que tout marché, et non uniquement le marché du travail, impose une révision ?
Pour cet économiste, la main-d’œuvre ne s’achète ni ne se vend comme un bien ou un service ordinaire.
Existe- il des régulations du marché du travail plus adaptées que d’autres à l’efficacité économique ? Si modèles il y a, ils sont loin du s’homogénéiser et, en l’état actuel, on ne voit pas quelle organisation des marchés du travail serait capable d’assurer tout à la fois la croissance économique, la création d’emploi et la progression des revenus tout en limitant les inégalités. Cette organisation reste donc à construire.

25. Les enjeux de la politique de l’emploi par Didier GELOT, économiste et Claire VILLIER, membre d’ "AC" (agir ensemble contre le chômage)

L’analyse des effets réels et des enjeux de la politique de l’emploi aboutit pour ces deux auteurs à une conclusion pessimiste : au-delà d’une réinsertion très partielle des certains chômeurs, cette politique participe en fait à une déstabilisation de la norme de l’emploi.
En effet, le rythme de création d’emplois stables s’est particulièrement ralenti au cours de ces dernières années et les embauches subventionnées constituent une variable non négligeable du fonctionnement du marché du travail. La progression du volume des recrutements effectués dans le cadre de la politique publique de l’emploi contribue fortement au développement de l’emploi précaire.
Ainsi, si la politique de l’emploi ne parvient que très partiellement à atteindre l’objectif de réinsertion des chômeurs, on peut en revanche penser qu’elle participe à la déstabilisation de ce qui reste la norme d’emploi : un contrat de travail à temps plein et à durée indéterminée.
Au total, on constate que l’état a fourni depuis le premier "plan BARRE", au milieu des années 70, les cadres juridiques d’une déréglementation sans précédant.

26.Qualification et classification par Jean SAGLIO, sociologue

Pour cet auteur, l’importance et les enjeux de la qualification sont typiquement français.
Le concept de qualification joue un rôle clef et permet à la fois de cerner les évolutions de l’organisation et de la production, de comprendre le fonctionnement des marchés du travail.
Il ne s’agit pas, cependant, d’un pur concept scientifique mais d’un concept fortement polysémique.
Même dans sa définition la plus simplifiée, la qualification ne peut être réduite à une expression unique et se décline au moins en deux manières :

  • Les compétences de l’individu ou ce qui est requis de lui pour occuper un poste de travail (formation et expérience professionnelle)
  • Les capacités que titre, diplôme, certificat lui ont reconnu et dont il peut prétendre être doté.

Les difficultés éprouvées dans la construction du concept de qualification n’ont cependant pas empêché employeurs et salariés de parvenir à des accords sur l’occupation des postes de travail et sur les hiérarchies sociales.
Dans la société française, on privilégie aujourd’hui les définitions qui assimilent la qualification à une certification de type scolaire des compétences.

27.Travail et formation par José ROSE, sociologue

D’un point de vue théorique, le lien entre travail et formation est supposé fort. Nombreux sont, en effet, les courants de pensée qui soulignent l’interdépendance entre les deux, tant au regard des pratiques des entreprises que de la structuration des marchés du travail.
La formation est un critère de sélection car elle est un indice de la probable productivité au travail.
Le diplôme apparaît alors comme un signal de structuration du marché de travail et, inversement, l’absence de formation initiale comme un critère de discrimination expliquant le maintien de certaines personnes hors de l’emploi.
De leur côté, les sociologues accordent une attention particulière à la place qu’occupe la formation dans le problème de l’accès à l’emploi.
Les travaux des années 70 sur l’insertion professionnelle que l’on disait alors "adéquationnistes" postulaient un lien individuel étroit entre formation et emploi, lien susceptible d’orienter les politiques éducatives et de fixer un référant à leur évaluation.
Ces dernières années, on assiste à un mouvement contradictoire de dégradation des conditions globales d’accès à l’emploi et d’amélioration des niveaux de formation. De ce fait, le mouvement de dévalorisation des diplômes et d’inflation des titres a pris une grande ampleur.
Ainsi, les relations entre travail et formation apparaissent complexes et multiformes : elles vont du travail vers la formation lorsqu’elles soulignent l’influence des changements du travail sur les compétences exigées.
Elles vont de la formation au travail lorsqu’on constate une probabilité accrue avec le niveau de formation d’exercer ses compétences acquises dans le monde du travail.

28. Le progrès technique et l’emploi par Jacques FREYSSINET, économiste

La question des liens entre progrès technique et emploi échappe souvent à l’analyse objective du fait de la violence des luttes sociales engendrée par la crainte du chômage technique et de la prégnance de conceptions reposant sur un déterminisme technologique.
Pour clarifier les thèmes du débat, il est nécessaire de distinguer :

  • Les tendances à long terme
  • Les phases de transition

Ainsi que les effets quantitatifs et qualitatifs exercés par les changements techniques sur l’emploi.
Depuis les origines de la révolution industrielle, deux thèses s’affrontent :

  • Selon la première, le changement technique a pour effet la substitution de moyens matériels de production au travail des hommes. Il est donc, par nature, destructeur d’emploi.
  • A cette thèse s’oppose la problématique dite "de la compensation" selon laquelle les techniques nouvelles auraient un effet négatif direct sue l’emploi là où elles sont mises en œuvre, mais cet effet serait compensé par une croissance indirecte de l’emploi induite par le progrès technique : développement d’activités nouvelles, croissance des branches fournissant les équipements nouveaux.

On constate que pendant la période de croissance forte, la thèse dominante a affirmé l’effet positif du progrès technique sur l’emploi tandis que, depuis la crise, on a vu se multiplier les études qui mettent l’accent sur les réductions massives de besoin de main-d’œuvre résultant de l’introduction de nouvelles techniques.
Ce revirement ne peut guère s’expliquer, selon l’auteur, que par la fonction idéologique de telles "démonstrations" .

Selon lui, une réflexion systématique s’impose donc pour sortir d’analyses aux conclusions fluctuantes.
Il rappelle que le changement technique, sa nature et son rythme sont fonction de critères adoptés pour orienter la recherche. Dès le départ, il n’existe pas de déterminisme mais des procédures de choix. La même observation s’impose lorsqu’on analyse les répercussions du changement technique sur l’activité économique.
Il existe bien une relation entre évolution technique et emploi, mais cette relation est fonction des processus économiques et sociaux qui opèrent dans trois domaines principaux :

  • Les critères d’orientation de la recherche et de sélection des innovations
  • Le niveau et les modes de satisfaction des besoins
  • Les conditions d’utilisation de la force de travail

Ainsi, le changement technique n’est-il pas, par nature, créateur ou destructeur d’emploi. Il modifie les conditions de détermination du niveau de l’emploi. En résulte-t-il davantage du temps libre ? Plus de chômage ? La réponse réside non dans le progrès technique mais dans les modes de régulation du système production.
Plus largement, la production et la sélection des technologies résultent des modes de régulation et des critères de gestion des activités économiques.

29.Travail et productivité par Pascal PETIT, économiste

La notion de productivité cherche à repérer l’efficacité avec laquelle une action productive est menée en mettant en rapport les moyens utilisés et les résultats obtenus.
La productivité est donc définie comme le rapport entre le volume de production et le volume des moyens mis en œuvre.
Les gains de productivité peuvent avoir des origines variées. On distingue 4 sources :

  • Une meilleure organisation de travail
  • Un plus grand réinvestissement de capital dans l’entreprise
  • Un changement dans les techniques de production (innovation)
  • Une innovation dans le produit lui-même

Ces 4 facteurs sont interdépendants. La dynamique de la demande définie par les perspectives de marché et les conditions de la concurrence impulse de façon décisive la croissance de la production et l’adaptation de ses structures.

Dans les années dites "de croissance forte" des économies européennes, on a observé des gains de productivité élevés.
Cette croissance s’est accompagnée de développement d’activités de services contribuant à la croissance de l’emploi. La remise en cause de ce schéma de croissance se traduit par un ralentissement de la croissance de la production et des gains de productivité.
La conséquence de ce ralentissement de la croissance de la production a été de réduire considérablement l’emploi industriel.
Cette évolution de la structure sectorielle de l’emploi s'est accompagnée d’une profonde transformation du salariat.
La croissance des salaires s’est longtemps référée dans les négociations salariales à l’évolution des gains de productivité.
Aujourd’hui, le poids de logiques financières, spéculatives, de court terme, se trouve renforcé.
Cet élément devient un facteur de paupérisation d’une partie des actifs.

30.Productivité et performance par Marc BARTOLI, économiste et consultant en entreprise
Le travail n’est pas une fin en soi, affirme l’auteur, mais une activité humaine finalisée visant à créer des biens et des services.
Le point de vue économique ne saurait, à lui seul, rendre compte d’une telle activité, mais le point de vue économique est déterminant quand il s’agit du travail salarié car l’activité est soumise à un but fixé par et pour l’employeur.
Ce but est une performance économique dont l’expression première a été celle de la "productivité" mais qui se définie aujourd’hui en d’autres termes : rendement, efficacité, réactivité, flexibilité, qualité.
La crise du modèle Taylorien ne signifie pas la disparition de la recherche de productivité.

  • Quelle configuration tend alors à prendre la relation travail – performance recherchée par les entreprises ?
  • Quelles transformations se trouvent induites quant au rôle des travailleurs ?
  • Quels liens tendent à être formalisés par des méthodes de gestion des ressources humaines qui accompagnent le "management par objectif " ?

Telles sont les questions posées par l’auteur qui s’interroge sur le statut des "performances productives" attendues au travail.
Dans l’économie marchande capitaliste ces performances ne sont en fait que le moyen d’un objectif de résultat ou de rentabilité qui se rapporte à l’entreprise comme unité économique attachée à rentabiliser un capital engagé.
Cela signifie que le mode de performance de production est marqué par la logique monétaire ou financière de rentabilisation de capital.
Dans la comptabilité générale des entreprises, le résultat est dégagé après déduction de toutes les charges externes payables à des tiers mais aussi de la rémunération des salariés ainsi assimilés à des "tiers" bien que travaillant dans l’entreprise.
Les rapports de propriété et de pouvoir conduisent à considérer les salaires et cotisations sociales comme des charges, mais non les dividendes distribués aux actionnaires.
Ainsi est-on en présence, dans cette logique de résultat, d’un clivage des fins et des moyens selon lequel l’emploi, les conditions de travail et les salaires sont du registre non des fins mais des moyens, au service d’un résultat : la rentabilité du capital.
Le management par objectif et l’assise de la rémunération sur la performance à accomplir tend à évacuer la relation entre temps de travail et salaire.
Dans ces conditions, l’emprise du travail sur l’homme s’est paradoxalement étendue, et ce en pleine crise de l’emploi.
C’est une inversion du clivage des fins et des moyens que préconise l’auteur afin de faire de l’emploi et du développement personnel des travailleurs de véritables objectifs.

V. Division du travail

31.L’évolution de l’organisation du travail par Danièle et Robert LINHART, sociologues

Par rapport aux thèses qui affirment l’émergence des nouvelles formes d’organisation du travail en rupture avec les principes fondamentaux du Taylorisme, ces deux sociologues formulent deux constats :

  • Le premier est que les enquêtes ont été menées dans un type spécifique d’industrie (cimenterie, pétrochimie, nucléaire….) Où ont pu être observées, effectivement, des innovations organisationnelles.
  • Le deuxième est que ces analyses définissent davantage un "idéal type" qu’une réalité.

Dans cette optique, un type donné de contrainte du marché et un type donné des outils techniques déterminent un type donné d’organisation du travail.
C’est faire l’impasse, selon ces deux auteurs, sur le fait que les formes d’organisation du travail sont des "construits sociaux", qu’elles constituent donc un type de réponse au rapport de force entre les différents acteurs.
Pour Taylor, le mode d’organisation qu’il mettait au point était un moyen de contraindre les ouvriers de l’époque. Dans le contexte actuel, les innovations introduites le sont dans une logique qui reste fondamentalement taylorienne (recherche d’un autre mode de contrôle, de domination des salariés) alors que ce courant de pensée du post-taylorisme évoque un nouveau type de travail qui engagerai la subjectivité des salariés, leur esprit d’initiative, leur capacité de communication.
Ce que l’on attend aujourd’hui des salariés est une "coopération consentante" sur le plan subjectif.
Les directions s’efforcent de développer un nouveau type de contrôle social qui s’exerce directement sur les esprits sans engager pour autant de réelles transformations de l’organisation de travail. Elles cherchent désormais à positionner les salariés comme des interlocuteurs à part entière de l’entreprise mais il existe un décalage entre les effets d’une telle demande (transformation de la subjectivité des salariés ainsi que de leur place symbolique dans l’entreprise) et la réalité du rôle qu’ils tiennent dans l’organisation de travail : définition très standardisée des procédures.
Les contradictions sont donc de deux ordres : symboliques et psychologiques.
Les salariés se trouvent pris dans des rôles en conflits car le discours qui accompagne le travail de la subjectivité se traduit par le mot clé de "responsabilisation" dans un univers encore très codifié où les possibilités de prise de décision sont toujours très standardisées.

32. La division internationale du travail par Claude POTTIER, économiste

Cet économiste analyse les grandes tendances de la DIT (division internationale de travail) et met en évidence le rôle déterminant des grandes multinationales.
Celles ci organisent des transferts d’activité que les Etats ne peuvent véritablement contrôler.
L’auteur distingue deux grandes approches de la notion de DIT :

  • La première met en évidence les avantages que tirent les nations à échanger des produits, chacune d’elles étant spécialisée selon ses capacités. Cette problématique a été développée par les économistes classiques comme Adam SMITH. L’apologie du libre – échange qu’ont fait ces économistes a trouvé sa justification dans le fait qu’historiquement un lien est bien apparu entre le développement du commerce international et l’enrichissement des nations concernées par ce développement.
  • La seconde approche est celle de marxistes tels Rosa LUXEMBOURG et LENINE. Elle est fondée sur l’identification d’un système économique et social : le système capitaliste dont la logique de développement entraîne la domination des nations industrialisées sur les autres. Cette domination ayant, pour les marxistes, un fondement économique. Dans cette analyse, les nations les plus développés imposent, par le jeu des multinationales, une DIT qui maintient les pays sous – développés dans leur état.

Ce cadre d’analyse peut aujourd’hui être conservé puisque l’activité économique mondiale est de plus en plus régie par les multinationales et que les inégalités entre nations se reproduisent ou s’aggravent, même si certains pays d’Extrême-Orient (les NPI, Nouveaux Pays Industrialisés) sont sortis du sous développement en acceptant de s’insérer dans une DIT mise en place par les multinationales, tout en prenant des mesures d’accompagnement afin de créer un véritable processus de développement
Ainsi, le commerce international est-il de plus en plus façonné par les firmes multinationales qui en contrôlent la quasi-totalité.
Quels sont les effets de la nouvelle DIT d’une part pour les pays d’industrialisation ancienne, d’autre part pour les NPI ?

  • Concernant les premiers, le discours dominant des économistes est rassurant : l’avance des pays industrialisés en matière de recherche - développement leur permettant de conserver des activités à forte valeur ajoutée. A cette vision optimiste, on peut cependant opposer la forte poussée des délocalisations d’activités vers des pays où le coût de travail est plus faible.
  • Du point de vue des pays en développement, il apparaît que seul un petit nombre d’entre eux a pu tirer parti de la nouvelle DIT. Ces états ont été capables de susciter une accumulation locale du capital en conduisant des politiques appropriées.

L’évolution de la DIT résulte donc d’une dialectique entre la stratégie des multinationales et le rôle joué par les états.


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